
...J’ai soutenu en 2004 à l’Université de Nanterre une thèse sur la philosophie d’Emile Meyerson. Cette thèse a fait l’objet de trois publications, L’épistémologie d’Emile Meyerson. Une anthropologie de la connaissance (Paris, Vrin, 2009), Le cheminement de la pensée selon Emile Meyerson (Paris, PUF, coll. Philosophies, 2009), Meyerson (Paris, Les Belles Lettres, à paraître). D’un point de vue méthodologique, ces travaux relèvent de l’histoire de la philosophie des sciences. Loin de proposer une relativisation historienne, cette approche vise à pluraliser le sens des saisies philosophiques des sciences, en vue d’offrir aux savants comme aux philosophes une idée plus exacte des possibles théoriques en épistémologie. Une discipline structurée a émergé depuis quelques années ; elle organise, sous le nom de HOPOS – History Of Philosophy Of Science, des rencontres internationales consacrées à ces questions.
...Il s’est avéré que la lecture anthropologique des savoirs à laquelle je me suis intéressé trouvait dans les recherches d’Ignace Meyerson, parent du philosophe des sciences, des prolongements, et un élargissement, puissants. Ces recherches dites de « psychologie historique, objective, comparative », mais aussi la « psychologie philosophique » dont elles s’inspirent (d’H. Bergson et H. Delacroix) comme la « psychologie sociale génétique » qu’elles inspirent (chez Ph. Malrieu ou O. Revault d’Allonnes), paraissent pouvoir jouer un rôle déterminant dans la conjoncture théorique actuelle. Non seulement elles se singularisent au sein même de la discipline, en s’affirmant par exemple contre une psychologie politique individualiste, ou contre certains courants réductionnistes, ego-céphalo-centrés, en sciences cognitives. Bien plus, les représentants de cette tendance en psychologie ont traversé le XXe siècle sans se réduire aux « moments » qu’on a voulu en retenir. Ils permettent d’étudier à nouveaux frais la question des relations entre philosophie et psychologie, par-delà le spiritualisme, en marge de l’existentialisme, en dépit du structuralisme.
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